Etude d’un projet citoyen : la "Carte ardente"



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La Carte ardente est un projet en gestation de carte citoyenne communale. Initiée par un collectif liégeois, elle a pour objectif de favoriser le sentiment d’appartenance à la ville et réduire les inégalités sociales. À l’ULiège, une équipe de chercheurs experts des migrations a analysé ce projet et l'a comparé avec les expériences d'« inclusions inattendues » de 6 autres villes européennes aux histoires migratoires différentes.

Entretien avec Alice Clarebout, active au sein du collectif « Carte ardente » et chercheuse au CEDEM, le Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations de la Faculté des Sciences Sociales.

Si elle voit le jour, la carte sera utilisable par tous les résidents et résidentes du territoire communal, quelle que soit leur situation administrative, c’est-à-dire qu’ils disposent de papiers en règle, ou non, qu’ils soient domiciliés, ou non.Alice Clarebout poursuit : Elle sera utile à tous et plus encore aux personnes précarisées administrativement, financièrement ou socialement. Elle leur facilitera l’accès aux droits fondamentaux tels que le plein accès aux services communaux ou aux services de soins. En tant que sans-abri ou sans-papiers, il est très difficile d’accéder à des services de bases comme le fait d’obtenir un rendez-vous médical, une prescription, une aide juridique auprès de la commune, ou encore de porter plainte à la police… La Carte ardente a pour but de réduire les inégalités. Son usage pourrait aussi être étendu au secteur culturel, sportif et même au secteur privé à travers des partenariats avec des commerces locaux. De la sorte, elle remplirait également un objectif de renforcement du sentiment d’appartenance à la ville. 

Un projet à l'étude par les autorités de la ville

Le collectif mène un travail soutenu depuis plus de quatre ans et obtient un écho positif auprès des autorités, dont l’implication est indispensable pour envisager une concrétisation de la carte : « Le bourgmestre est preneur de l’initiative tout comme ses services même s’il subsiste, à ce stade, des questions au sujet de la faisabilité juridique, des ressources humaines nécessaires à la distribution de la carte, de la gestion des données personnelles et du financement nécessaire. Pour répondre à ces interrogations, le Collège communal a voté en faveur de la poursuite de l’étude de la faisabilité d’une telle carte. »

Observer les inclusions inattendues

Aux côtés de Marco Martiniello, Directeur du Cedem, et de Shannon Damery, docteure en Sciences Sociales, Alice Clarebout s’est penchée sur l’initiative de carte citoyenne au travers du projet belgo-Suisse « Unexpected Inclusions : Migration, Mobility and the Open city ». Unexpected Inclusions a pour objectif d'analyser les inclusions inattendues : l'auto-organisation des associations de migrants, les initiatives autonomes de la société civile et les pratiques ritualisées d'inclusion qui se produisent dans les villes en dehors des politiques formelles d'intégration et qui peuvent potentiellement améliorer la dynamique des appartenances, les échanges, la coopération et les interactions entre les migrants établis et ceux qui arrivent.

Les chercheurs ont étudié les expériences et pratiques de sept villes européennes aux histoires migratoires différentes : Liège, Bruxelles, Charleroi, Turin, Genève, Chiasso, Zurich. L’expérience de la ville de Hamamatsu, au Japon a également fait l’objet de leur attention dans une perspective comparative.

Identité de chercheure, identité de citoyenne

C’est initialement de l’intérieur qu’Alice Clarebout a connu l'initiative de la Carte ardente : elle était en effet membre du collectif citoyen éponyme avant rejoindre le projet de recherche. Elle reste à ce jour impliquée mais prend la distance essentielle à son métier. Sur le terrain, je me positionne en tant que chercheure. Mon rôle est de poser un cadre méthodologique et analytique pour faire émerger une nouvelle manière de voir la réalité sociale afin de mieux la comprendre. Comment gérer dans son travail scientifique cette double identité de militante et de scientifique ? En tant que chercheur·e·s, nous avons inévitablement une relation à notre objet de recherche, qu’on étudie des bactéries dans une boîte de pétri, ou un texte ancien. Mais il est vrai que la dualité saute aux yeux dans le domaine des sciences sociales où l’objet d’étude est l’être humain. 

 

Contact

Alice Clarebout

Publication sur Orbi

Projet Unexpected Inclusions

 

En savoir +

www.carteardente.be

 

Evénement à ne pas manquer

Le 1/12 de 12h à 14h : 

La carte ardente : une solution d'accès aux droits fondamentaux ? | LIEGE CREATIVE

Se former dans le domaine des migrations

Master en Sociologie, à Finalité spécialisée en Migration and Ethnic Studies)

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